Un petit palmarès géomatique avec Google trends

L’application Google trends compte la fréquence avec laquelle un mot-clé est saisi dans le moteur de recherche de Google et fournit des statistiques chronologiques et géographiques.  Je l’ai utilisé pour comparer quelques mots clés liés à la géomatique et à ses outils : geomatics, GIS, GPS, Google Earth, Google Maps, ArcGIS, Mapinfo… Les résultats sont à observer avec un regard critique compte tenu des limites de l’instrument  et restent difficiles à interpréter (voir à la fin de ce billet une courte note méthodologique). L’exercice n’est pas inintéressant et met bien en évidence l L’originalité de la situation française.

Geomatics, GIS et GPS

Gtrendgeomatics

La comparaison des entrées  Geomatics, GIS et GPS illustre le caractère confidentiel du mot géomatique dont le score est nul ou quasi. Remarquons toutefois que Geomatics est a priori moins utilisé en anglais que Géomatique ne l’est en français. GPS est quant à lui 5 fois plus recherché que GIS (Geographical Information System), alors que le score de ce dernier est gonflé par son homonymie avec le pluriel des soldats américains (GIs). A noter aussi que le score de GIS baisse régulièrement, alors que GPS reste stable.

Le GPS suscite la curiosité du grand public plus que les SIG, ce n’est pas une surprise … Plus d’infos »

Cartes de la grippe A(H1N1) (suite)

Quel type de carte produit-on pour informer sur un phénomène global tel que la grippe A(H1N1). Après une rapide analyse des deux principaux sites Web présentant une cartographie systématique et actualisée, on  propose un exemple très simple de carte qui  bouge.

J’ai déjà abordé ce sujet récemment mais alors que l’OMS vient de déclarer l’état de pandémie pour la grippe A(H1N1) cela vaut la peine d’examiner où en est la cartographie en ligne de cette  grippe. Comme toute carte,  celles de la grippe doivent répondre à deux exigences différentes. Le public veut connaître précisément la situation près de chez lui ou de ses proches ou bien dans un endroit qu’il compte visiter. Mais il veut aussi comprendre le phénomène dans son ensemble, sa structure et sa dynamique.

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Google Earth et la ségrégation au Japon

Comment la publication sur Google Earth d’une carte anciennes génère une polémique au Japon à propos de la localisation des “burakumin”, parias de la société japonaise. A partir de ce cas d’espèce, je propose de réfléchir sur l’impact potentiel des cartes anciennes dans les WebSIG et les globes virtuels.

Les historiens s’intéressent depuis plusieurs années aux SIG (voir par exemple la page de Ian Gregory). Les étudiants en histoire sont de plus en plus nombreux à se former à la géomatique. Les urbanistes et autres gestionnaires de la ville d’aujourd’hui sont avides d’intégrer dans leurs systèmes et leurs analyses des cartes anciennes. De son côté, le monde des archives s’ouvre à de nouveaux utilisateurs et la géonumérisation des collections bat son plein (voir à ce propos le projet Géotopia que nous menons avec le LIUPPA de l’Université de Pau et la société Makina Corpus)

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Fièvre cartographique pour la grippe A(H1N1)

Le blog TerraImago publie un très intéressant et complet panorama des ressources cartographiques qui ont fleuri depuis quelques jours à propos de la grippe A (H1N1), comme l’appelle maintenant  l’OMS.  Il met l’accent sur les ambigüités et dangers du Web contributif en la matière et la confusion qui règne actuellement dans les données publiées.

Il existe en effet de nombreuses initiatives de consolidation et de publication de données sur l’incidence et la prévalence de l’épidémie. Fondées sur des sources très hétérogènes, les cartes produites s’avèrent peu fiables. Cette confusion est liée en partie aussi aux protocoles complexes de qualification des cas suspectés. Il semble que les procédures de validation et même les étapes dans ces procédures varient entre les pays, ce qui ne facilite pas les comptages et les comparaisons. Certaines des cartes publiées, comme celle-ci par exemple, mélangent des données agrégées à la capitale du pays (France) et d’autres plus finement localisées (Royaume-Uni). Comme le souligne TerrImago, on s’étonne donc d’autant plus que les sites officiels tels que l’OMS ne publient pas de données cartographiques au jour le jour sur l’épidémie. Disposant des protocoles formalisés susceptibles d’élaborer des comparatifs fiables, ils pourraient produire des cartes de référence et donc limiter la fièvre cartographique actuelle, qui ressemble par certains côtés à celle de l’affaire Madoff.

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Mon père était cartographe

Non ce n’est pas le début d’un chapitre du livre  “Comment je suis devenu géomaticien”.  C’est ce qu’écrit l’artiste et graphiste Joel Friesen sur son blog:  ” My father was a map maker and taught me the joys of understanding the world visually”.  Il lui en est resté quelque chose comme en témoigne ce joli travail :

Exchanges Gallery poster design de Joel Friesen

Exchanges Gallery poster design de Joel Friesen Sage Internet Inc

Mais il faut voir surtout Henchman’s Helper. 51 écrans de caméras braqués sur le monde:  villes, images météo, écrans d’ordinateur, cartes diverses. Henchman’s Helper signifie littéralement l’aide de l’adepte ou du partisan.  Un peu obscur mais, selon l’auteur, il s’agit de porter la domination du monde sur Internet pour que les adeptes du Diable puissent avoir leur tanière partout où ils sont (”to bring world domination to the internet, so evil henchmen could have their lair anywhere they are”). Rien que cela ! Cliquez, c’est impressionnant.

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Géométrisation du sensible

Vues anormales des vies normales

Sous ce joli titre, Philippe Dagen présente dans le Monde 2 du  4 avril 2009 le travail de deux photographes :  Lucie de Barbuat et Simon Brodbeck. Les photographies publiées dans le magazine peuvent être visualisées ici. On en trouvera d’autres sur le site des artistes.

Photographie de Lucie et Simon

Photographie de Lucie & Simon

Grâce à l’usage d’un pied télescopique et mobile, les deux photographes captent des scènes de la vie quotidienne, prises depuis le dessus.  P.  Dagen voit dans  ce dispositif une  géométrisation du monde sensible : “les vivants deviennent des gisants, les lits des dessins, les espaces des plans,  la vie une géométrie et une énigme”. Il perçoit d’abord  l’étrangeté que ce point de vue donne à des scènes quotidiennes et insiste sur la dimension artistique de ce travail. Il le rapproche des “tableaux-pièges” de Spoerri dans lesquels celui-ci accroche au mur des tables sur lesquelles il a collé  les assiettes et les reliefs de repas. On y trouve en effet le même basculement de l’horizontal au vertical.

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Grand-Papa, raconte moi encore les SIG !

D’accord, vous faites le malin en vous localisant sur Google Maps avec votre iPhone. Mais vous êtes-vous déjà demandé de quand dataient les Systèmes d’Information Géographique ?

datafordecision Eh bien, vous pouvez  revivre les temps héroïques des pionniers des  SIG et de leurs drôles de machines dans le film Data for Decision du National Film Board of Canada, maintenant accessible sur YouTube. Tourné en 1967, le film décrit le développement du Canada Geographic Information System (CGIS), dirigé par  Roger Tomlinson, un des nombreux inventeurs des SIG. Directeur du CGIS à l’époque, il a commandité le film pour promouvoir son système et trouver des financements (source : Gis and Science.com).

Si vous voulez connaître la suite de l’histoire, elle est  ici : l’abandon du système et le patient et coûteux travail de reconstitution des données qui sont maintenant en consultation interactive  sur le Net.  Même si elles sont anciennes, leur interprétation serait toujours valable.

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“Néogéographie” des victimes de Madoff

Pour une fois, je vais faire une exception au principe de ce non-blog et réagir à chaud à l’évènement.

Ce lundi matin, la check-list du Monde.fr indique qu’une carte des victimes du financier Madoff, établie grâce aux quelques 10 000 noms communiqués sur ordre du tribunal de New-York était disponible sur le Net. Cette carte ferait ressortir les zones les plus touchées “au travers d’un code couleur allant du vert au rouge”. Je décide aussitôt de la consulter mais la connexion est impossible. Bien que la plupart des américains soient couchés, le serveur est visiblement débordé (voir ici).

Je fais donc un petit tour sur Google et me rend compte assez vite que le sport du week-end aux Etats-Unis a été de réaliser une carte des victimes de Madoff. On obtient en direct une exposition des techniques cartographiques en ligne qui va de cartes traditionnelles à des cartes relevant plus de la “néogéographie” (celle-ci étant rapidement et superficiellement définie comme l’usage des technologies géonumériques par des non-spécialistes des SIG ou de la cartographie numérique).

Voici un petit aperçu de ce que j’ai trouvé le lundi 16 février. Si vous avez d’autres exemples …

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Séries spatiales : la saison 6 de 24

Avis à  ceux qui s’intéressent aux séries télévisées, je viens de mettre à jour mon inventaire des usages des technologies géonumériques dans la série 24 (24 heures chrono) en y intégrant la saison 6 (je sais, on diffuse la saison 7 en ce moment, mais comme je visionne les séries sur DVD, j’ai un décalage d’un an).

Dans ce billet je reviens sur l’importance qu’y joue toujours la question de la localisation. Il me semble pourtant que la qualité esthétique de 24 est en baisse, que son énergie commence à s’épuiser et que la série tourne parfois  à vide. Les changements politiques de l’année 2008 aux Etats-Unis n’y sont certainement pas pour rien. Je propose aussi comme explication le fait que la série a abandonné depuis plusieurs saisons la (relative) rigueur qui était la sienne dans l’intégration des contraintes-spatio-temporelles de l’action.

Je localise, tu localises, il ou elle localise, nous …

Localiser les autres sans se faire repérer reste le principal moteur de la série et cette  saison mobilise toujours autant de gadgets cryptogéomatiques. Même si les statistiques baissent par rapport à la saison précédente, j’ai répertorié pas moins de 51 usages de technologies géonumériques. C’est moins que la très prolifique saison 5 (80),  mais plus que la saison 4 (”seulement” 42 usages). Localiser est donc toujours dans 24 une question de vie ou  de mort.

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Déception

La qualité proprement cinématographique de la série me semble baisser nettement avec cette nouvelle livraison. Tous les ingrédients sont là – c’est le lot des séries de ne pas pouvoir trop s’éloigner de leur cahier des charges et c’est pour cela qu’on les apprécie – mais cette fois le déclic ne se produit pas. Les rebondissements y  sont parfois directement décalqués des saisons précédentes. Ils deviennent de plus en plus invraisemblables,  même si l’on se place dans les limites très élastiques  de la vraisemblance de 24. Les situations rocambolesques du feuilleton se résolvent par des coups de théâtre mal préparés et les personnages y jouent souvent les véhicules de service d’un scénario assez poussif.

Il est vrai que l’intérêt de la série diminue régulièrement depuis la saison 4. Elle  passe assez souvent dans cette saison sous la barre du regardable, même si les derniers épisodes sont meilleurs.  Dans ce billet,  j’avais mis en regard 24 et Alias, autre série qui utilise beaucoup les techniques géospatiales. La cinquième, et heureusement dernière, saison d’Alias avait fini par sombrer dans un tel n’importe quoi, qu’on en était venu, partagé entre le fou rire et l’accablement, à penser charitablement que les auteurs avaient décidé de naufrager définitivement leur série dans un océan d’autoparodie loufoque. Mais la fantaisie, qui était un des ingrédients d’Alias, est complètement absente de 24. Voir cette dernière  flirter avec le grand guignol est donc un peu pénible.

On peut expliquer cette déception par un effet de lassitude et d’usure. Une série s’épuise,  comme si elle devait consumer un volume de carburant prévu au départ. Les cuves de 24 se vident et on ne voit pas d’où pourrait venir le ravitaillement ;  la fin semble proche, qu’en pensent ceux qui visionnent en ce moment la saison 7 ?

The Times They Are a-Changin’

Une autre explication à cette baisse d’intérêt est que les temps changent et le regard du spectateur avec eux. 24 est née avec le 11 septembre et s’est développée dans la période de traumatisme, de paranoïa, de mensonge  qui a suivi et du besoin irrépressible d’action, même et surtout, déraisonnable qui l’a caractérisée. La série est marquée par le complot, la peur et l’urgence. Elle exprime la tension violente liée à une menace diffuse et à la certitude qu’il n’y a pas de bonne solution. L’action s’étalant sur 24 heures, les scènes nocturnes sont évidemment nombreuses et les personnages y sont souvent peu ou pas du tout éclairés. Cela  contribue à obscurcir la série, marquée par un climat de déréliction et de désespérance. L’élection de Barack Obama et l’espoir (exagéré ?) qu’elle a  suscité ferme symboliquement cette période. D’un seul coup l’agent géonumérique Bauer prend un petit coup de vieux, au moment où Bush Jr, son exact contemporain télévisuel  (2001-2008), part enfin à la retraite.

Jack le Maudit

On le constate au bout de six saisons, Bauer n’est pas le héros néo-con et patriote sans jugeote qu’une vision superficielle de 24 peut laisser accroire. Il est douteux qu’il vote républicain (bonne question d’ailleurs, Jack Bauer vote-t-il ?) comme son principal créateur Joël Surnow, grand admirateur de Ronald Reagan, partisan de Bush et ardent défenseur de la guerre en Irak (voir l’article  que lui consacre  Wikipédia et celui du NYT). Force est de constater que les sympathies de Bauer vont très nettement à des dirigeants plutôt liberals au sens américain, c’est à dire de gauche, et plutôt enclins à la négociation dans les relations internationales. Le président David Palmer en est le principal exemple, lui qui apparaît rétrospectivement comme la préfiguration de Barack Obama : un président noir, posé, cultivé, droit et démocrate. En fait, Bauer passe sa journée annuelle à essayer de réparer les bêtises de dirigeants de multinationales assoiffés de richesse et de pouvoir et de politiciens corrompus, psychopathes ou aveuglés par une  idéologie agressive.  Si Jack tue, mitraille, explose et torture à tout va, ne serait-ce pas paradoxalement pour sortir le pays du guêpier où l’ont fourré des élites plutôt réactionnaires et brutales ?

Jack donne de sa personne, se sacrifie, sacrifie les siens, se salit les mains et la conscience, mais sans cynisme. C’est un idéaliste qui voit la raison de son action, la défense des Etats-Unis comme étendard des libertés et de la justice, se déliter d’année en année. Une des scènes les plus intéressantes de la saison 6 est celle où le secretary Heller, bien dans la veine religieuse de la période Bush, en vient à  reprocher à Jack d’être sous le coup d’une malédiction qui le conduit à provoquer la mort de tous ceux qui l’approchent. Jack Bauer disqualifiera cet argument cruel et injuste en pointant le cynisme des politiques qui lui reprochent les ignominies qu’il a été conduit à commettre à leur place au nom de l’Etat américain. Le bilan des responsabilités approche mais on ne voit pas en quoi cette idée pourrait apaiser et guérir un Jack Bauer toujours plus seul et désespéré. Du coup l’accusation que la série justifierait la torture est à réétudier. Ne sous-entend-elle pas que Jack, en assumant ses actes, a fini par se perdre lui-même, comme l’Amérique se serait trahie  en sacrifiant sa morale politique à la lutte contre le terrorisme? On peut trouver simpliste et manichéen ce dilemme : devoir mal agir pour une bonne cause et se (con)damner ou ne rien faire et laisser triomphe le mal. C’est certainement par cela que la série continue à émouvoir: Jack Bauer est un grand personnage tragique .

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Demandez le programme

Si l’intérêt pour la série baisse c’est surtout, et c’est pourquoi j’en parle ici, car les auteurs de 24 n’ont pas respecté le programme original qu’ils s’étaient donné, et qui a rapport à l’espace et au temps pris conjointement. L’originalité de la série vient d’abord de l’adoption du principe du temps réel simultané qui oblige à respecter l’unité de temps (24 heures) dans l’écriture de l’histoire.  La série s’est fixé aussi une contrainte d’unité de lieu en situant l’essentiel de l’action à Los Angeles. En fait, il y a dans la plupart des  saisons un autre lieu, celui du pouvoir, souvent localisé à Washington dans la résidence ou le bunker présidentiels. Mais ce lieu est le plus souvent confiné et clos et comme situé hors de l’espace de la série. Unité de lieu, unité de temps, la série  échappe de peu aux règles de la tragédie classique. Elle ne respecte en effet  pas complètement l’unité d’action. Vu sa longueur – 18 heures de spectacle en continu – elle fait toujours se succéder trois ou quatre modules narratifs successifs, articulés dans un schéma global assez lâche. Comme je tentais de l’expliquer dans ce billet, ce sont ces contraintes spatio-temporelles jointes à une mise en image originale qui contribuent à créer l’âpreté de l’action, à laquelle contribue aussi une certaine densité dans la représentation des lieux.

L’espace-temps fout le camp

Le programme originel de 24 fixe une règle principale :  l’histoire se passe dans le même temps que celui du spectateur et il n’y a aucune ellipse, l’action continue même pendant le temps de la publicité. Le rendu du temps de l’action se veut réaliste : il devrait falloir à peu près le même temps dans la série pour une faire une chose que dans la réalité. Le réalisme du rendu de l’espace en découle :  les durées de trajets d’un lieu à un autre devraient être respectées.  C’est le déroulement en parallèle des différentes actions, l’usage du split-screen (écran partagé) et une mise en scène efficace des outils de traitement de l’information et de la communication qui permettent de traduire ces contraintes en spectacle. Le réalisateur peut laisser une action se dérouler hors écran et en profiter pour faire avancer d’autres branches de l’histoire. Dans la saison 1, Teri ne fait rien d’autre que rouler pendant plus d’une demi-heure. Le rappel par des images muettes ou en split screen de ces actions parallèles,  in situ ou en déplacement, marque la rugosité de l’espace et du temps et contribue à happer le spectateur pour ne plus le lâcher.

Bien sûr ces contraintes n’ont jamais été scrupuleusement respectées. Dès la saison 1, les spectateurs qui habitent Los Angeles se moquent  sur le Net des incohérences spatio-temporelles de la série. Mais ce n’est pas très grave. Les fictions réinterprètent toujours les lieux. Il ne s’agit pas de la Los Angeles réelle, topographique, mais de la Los Angeles de 24, qui a sa cohérence spatiale propre. Plus problématique est le fait que ces contraintes internes se sont très nettement relâchées au fur et à mesure des saisons. C’est d’abord l’espace qui a cédé, surtout à partir de la saison 4. Les temps de déplacement sont devenus complètement  irréalistes pour n’importe quel grande ville et, surtout, l’usage systématique de l’hélicoptère a conduit à rétracter l’espace-temps et à déréaliser la série.  Ensuite, c’est le temps qui s’est progressivement effacé. Dans la saison 6, quand les personnages ne sont plus à l’écran,  il leur arrive de réaliser des choses à une vitesse surnaturelle. Parfois, les  situations évoluent considérablement entre la fin de l’épisode à 10:59:59 et le suivant à 11:00:01. Sauf dans les deux derniers épisodes de la saison 6 qui marquent un net progrès sur ce plan, le spectateur n’a plus conscience ni du temps qui s’écoule ni de l’étendue de l’espace parcouru.

La mise en scène des écrans, rendus nécessaires pour représenter l’espace de l’action, est aussi moins convaincante. Les outils géonumériques sont redevenus de banals moyens techniques pour résoudre les situations alors qu’ils étaient quasiment des personnages à part entière de la série, mis en scène en tant que tels. Tout ceci contribue  à fluidifier l’action qui, dans le modèle de 24, était au contraire freinée en permanence par les contingences spatio-temporelles. Cela contribue à banaliser la série qui ressemble de plus en plus à toutes les autres séries d’action.

C’est en définitive la perte de cette rigueur (au moins affichée) qui fait baisser l’intérêt de 24 dans la saison 6, même si certains moment restent intéressants et si le filmage de certains lieux demeure de toute beauté (Santa-Monica par exemple).

Ces cartes pas si participatives

Fais court !

Après l’épuisant marathon en quatre (!)  billets de fin d’année, on avait compris le message et on s’était juré de se forcer à raccourcir l’exercice. Bien sûr on avait annoncé depuis le début qu’il ne s’agissait pas d’un blog, mais il fallait aussi avoir un peu pitié de l’éventuel lecteur. C’est pas du Claudel non plus… Et patatras ! Emporté par une improbable histoire de mer et de montagne, on oubliait illico ses bonnes résolutions pour retomber dans la facilité de la longueur.  Il fallait réagir prestement ! Trouver un sujet de billet pas bien long, un truc sur lequel on n’aurait pas grand chose à dire. Tiens, toujours à l’affût, GéoinWeb repère chez MédiaSociaux.com que Valérie Pécresse – accessoirement notre Ministre de tutelle – se lance dans la cartographie participative de l’Ile de France.

Vivent les blogs

Un vrai coup de bol : Cédric Deniaud et ses commentateurs disent l’essentiel sur MédiaSociaux: l’effet chic Obama, le côté gadget et pub, le coup de com et le manque de réflexion d’ensemble. Ils pointent le caractère unidimensionnel de l’initiative : le citoyen poste son problème et sa solution mais ne sait pas ce qui en sera fait; la non-formalisation de l’opération :  qui participe et à quel titre ? Qui contrôle et qui modère ? Combien de militants UMP sont gentiment mobilisés le soir pour déposer sur la carte leurs post-it aux thèmes autorisés  et contrebalancer les militants PS qui  bourrent la carte avec leurs thématiques à eux ?  Comment ces post-it se transforment ensuite en programme ? Comment le candidat répond enfin à la demande  suscitée? Bref, à quoi cela sert-il, sinon à faire du buzz sur les télés, dans les journaux … et sur les blogs (la preuve!) ? En plus, cela ne mange pas de pain, dans une primaire. Une nouvelle fois, on ridiculise les approches participatives en ne les prenant pas aux sérieux. Voilà un billet de blog bien classique: commenter ce que des blogs ont écrit à propos d’autres blogs…

Un petit ajout quand même

A quoi sert cette “Agoracarte” ? A strictement nada (1). A petite échelle (à faible zoom, on dit maintenant) les pastilles se chevauchent les unes les autres. Comme aurait dit Arasse, on n’y voit rien ! (si la référence ne vous parle pas, googlez la, attention,  chef d’œuvre!). D’accord les outils d’agrégation du type de mapeed sont encore peu courants (et souvent critiquables, on y reviendra un de ces jours) mais seul ce type d’outil permettrait de faire des épingles à la Google Maps quelque chose d’utilisable pour communiquer cartographiquement.

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A grande échelle (autrement dit, quand on zoome à donf), ce n’est même pas une de ces cartes à lire que Jacques Bertin a tant critiquées. Pour lire les contributions des citoyens, il faut cliquer  sur chaque pastille une à une. Par pitié, donnez-moi la liste…

J’ai bien compris que la carte n’est ici qu’une interface de localisation et de visualisation de ce qui se passe dans un voisinage. Peut-être, mais les concepteurs ne semblent pas s’être posé la question des échelles. Un exemple, qu’est-ce que le panneau ci-dessous fait à cet endroit précis?

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Pauvre Nono75! Il a attendu tellement longtemps un taxi au carrefour Numerus-Clausus. Du coup il veut faire sauter ce lieu unique au monde… Est-ce bien raisonnable ? Les taxis étaient peut-être pris ailleurs…  Plus sérieusement, voilà un joli exemple 1) de problème dont la localisation est incompatible avec l’échelle du fond de référence,  2) de montée en généralité non contrôlée (ou au contraire très téléguidée…) 3) d’un passage éclair du problème (?) à la solution (?) qui illustre les limites de cette approche simpliste.

Que vont faire par ailleurs  les concepteurs du site des innombrables problèmes et solutions microlocales que ce type de cartographie précise va immanquablement générer? A ma connaissance, la Région n’est en charge ni des crottes de chien ni des passages piéton. Et où met-on le post-it quand la solution se situe  à une autre échelle que le problème ? Etc., etc..

Ce n’est donc pas seulement la démarche participative qui n’est pas réfléchie … C’est aussi le rôle que peut jouer une carte dans une approche de ce type.

Et ailleurs ?

camdenSi on découvre ces méthodes en France, cela fait déjà assez longtemps qu’on les utilise ailleurs et pas seulement aux Etats-Unis. Il y  a même un forum passionnant de recherche à ce sujet ppgis.net. On y a lu l’édifiante histoire de la ville de Camdem (ville pauvre du New Jersey) dont la municipalité a mis en place il y a un an une carte participative du type de celle de Madame Pécresse. Les habitants étaient invités à localiser tous leurs problèmes, selon la typologie ci-contre. En fait un autre type de problème, Activité suspecte, n’est pas reporté par un symbole sur la carte. On vous invite à appeler aussi le 911 (numéro d’urgence) quand vous comptez le signaler.

On remarquera que la démarche est un peu plus élaborée que celle de la candidate d’Ile de France. Une interaction est en effet prévue avec l’utilisateur qui sait si le problème qu’il indique est nouveau, discuté, réglé ou resté sans réponse.  Que croyez-vous qu’il advint ? Début janvier 2009, la presse locale remarquait que la carte était couverte de pustules rouges, signe que les centaines de problèmes signalés par les habitants n’étaient pas pris en compte. Les services municipaux s’avéraient incapables de  régler les problèmes au fur et à mesure qu’ils étaient indiqués. Résultat : une image de la ville qui se dégradait encore et des habitants toujours plus découragés. Il y  a quelques jours, comme annoncé par les édiles, la carte était vidée des pustules rouges. Mais quid des véhicules ou des maisons abandonnés et des tas d’ordure? C’est çà la politique 2.0 !

Une carte participative peut donc être contreproductive. Comme le dit  Muki Haklay sur ppgis.net, cet échec guette toutes les démarches dans lesquelles la participation est vue comme un simple défouloir, un moyen de soulager le citoyen en lui permettant de s’exprimer sans lui offrir de débouché concret. On lui donne l’impression d’agir mais cela reste virtuel et le retour de bâton réel peut être très fort.  Ce qu’il faut c’est créer en même temps des contacts et des actions réels et …

- Tss Tss. Déjà plus de 1000 mots !  C’est cela que tu appelles faire court… ?

- Ca va, ça va … J’arrête. Allez voir vous-même ce que Haklay explique sur son blog, puisque vous êtes pressé. Je n’ai pas tout lu mais çà a l’air plein d’intérêt. Et puis zut! Si vous voulez des billets géospatiaux courts, documentés, drôles, vachards  et bien écrits vous allez sur geo212 et basta. En plus il connaît la musique…

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(1) Ajout postérieur : suis-je naïf parfois ! Bien sûr que si,  l’accumulation de symboles sur une carte illisible a une fonction précise : montrer qu’entre “ParticipativePécresse et “AparatchikKaroutchi, les Francilien-nes de l’UMP ont déjà choisi. D’ailleurs on voit ici que les contre-feux sont allumés. De l’usage politique paradoxal de la sémiologie graphique …