New-York-Liberty City, ville réelle-imaginée (1)

Retour début mai 2008. A moins de vivre sur une autre planète ou d’habiter dans une partie de la nôtre confrontée à des évènements dramatiques et pas du tout virtuels du genre tsunami ou tremblement de terre, il était impossible d’échapper à la sortie sur Sony PS3 et XBox360  du jeu vidéo Crand Theft Auto IV. Même ceux comme moi dont la dernière expérience de vidéo game remonte au génial mais antidéluvien Day of the Tentacle, n’ont pu ignorer à l’époque l’annonce de la sortie mondiale de GTA IV, amplifiée par la polémique menée sur toutes les télévisions et les médias grand public à propos de l’ultra-violence et de l’amoralité du jeu.

Le 2 décembre prochain le jeu sort sur PC (la publicité américaine est ici) . C’est l’occasion d’un billet en plusieurs parties qui s’interroge sur la représentation de la ville dans le jeu vidéo.

Un jeu pour les grands (joueurs et profits)

GTA IV est le premier jeu vidéo à avoir été promu commercialement à une aussi vaste échelle. Il marque une entrée dans une nouvelle période, celle où un jeu vidéo peut concurrencer économiquement une mégaproduction cinématographique. Si l’on en croit les sites spécialisés, 6 000 000 d’exemplaires de GVA IV auraient été écoulés dans le monde en une semaine, pour une recette de 500 millions de dollars (323 millions d’euros). En battant le record du film Pirates des Caraïbes (404 millions de dollars ), GTA IV serait devenu le produit culturel le plus vendu dans le monde dans les 6 jours suivant sa sortie. Pour Olivier Séguret de Libération, GVA IV illustre ainsi l’entrée du jeu vidéo dans l’âge adulte.

Une réelle expérience urbaine

Si je consacre à GTA IV ces billets géonumériques,  c’est que les réactions et commentaires que l’on trouve à propos du jeu sur Internet ont une tonalité très différente de celles des grands médias. Qu’on en juge :

« Liberty City (…) respire la vie en mouvement. Pendant que les piétons, clochards, prostituées et autres acteurs d’une vie urbaine active parcourent les trottoirs, les voitures, taxis et camions paradent dans les rues. Tous les bâtiments, tous les quartiers ont des personnalités et des niveaux de vie particuliers. Les éclairages et l’ambiance sonore, jour et nuit, beau temps mauvais temps, donnent une véritable âme à cette ville (Liberty City, ville de rêve).

(…) La ville regorge de ruelle en tout genre. (…) L’impression de vie qui émane de liberty city nous a mis sur le carreau. (…) La densité de la population varie en fonction des quartiers. (…) Les passants réagissent vraiment de façon réaliste comme s’ils menaient leur propre vie. (…) on a vu un passant pressé qui traverse et a faillit se faire renverser par une voiture, il c’est énervé et a tapé le capot de la voiture en lançant des insultes, les flics débarquent , ce dernier s’enfuit. (…) on a pu voir de la brume, de la pluie, du soleil, des nuages, les nuances de lumières varient en fonction des heures de la journée. (…) En fonction des quartiers , les passants parlent différentes langues en fonction de leurs origines, italien à Little Italy, chinois à Chinatown et de l’argot dans le Bronx. (Grand Theft Auto IV)

Promenez-vous dans Liberty City et vous serez en mesure d’identifier chaque bloc. Bien que la ville soit remplie des célèbres maisons brownstones en grès rouge et d’une myriade de bâtiments en brique tous similaires, il est pourtant possible de différencier chacun d’entre-eux. Rejoignez une rue animée du quartier et vous constaterez qu’elle est nouvellement pavée, que les piétons sont mieux habillés et les flics plus nombreux. Mais allez dans Duke ou Bohan et vous trouverez des rues non goudronnées, des sans-abris errant sans but et des criminels profitant des faibles. (…) Regardez les gens et vous serez témoin de choses surprenantes. À un moment, j’ai vu une femme arrêtée à un feu jeter un coup d’œil dans le rétroviseur avant droit d’une voiture, avant d’être bousculée par une type reluquant une fille dans la rue. Le conducteur est sorti de sa voiture pour vérifier que la femme allait bien. Cela n’a rien à voir avec Niko ou quelque action que j’étais en train de faire. Ce sont les citoyens de Liberty City vaquant à leurs occupations. Et ce n’est qu’un moment dans une journée pleine d’incidents. Restez dans un secteur de la ville assez longtemps et vous verrez comment la circulation des voitures et le flux des piétons change au cours de la journée. Quand il pleut, les gens sortent des parapluies, se protègent avec un journal ou se mettent à l’abri d’un auvent. (Trad. libre) Grand Theft Auto IV Review by Hilary Goldstein

Liberty City est le lieu à la fois le plus réaliste et le plus immersif  que nous ayons vu dans un jeu comme celui-ci. Le niveau de détail que vous y trouverez est étonnant, non seulement visuellement, mais aussi pour ce qui concerne les choses que les piétons font et ne font pas. Regarder quelqu’un déployer un journal et le tenir sur sa tête pour la couvrir pendant qu’il court dès qu’il commence à pleuvoir n’est qu’un exemple de la personnalisation du jeu et des petites touches de réalisme que vous verrez un peu partout. (Trad. libre) Another Take from Chris Roper

Quelle étonnante création que cette ville ! Grand Theft Auto IV Liberty City est l’un des mondes les plus réussis que nous avons vu dans un jeu depuis le temps où nous batifolions dans l’Hyrule de Ocarina of Time. C’est un monde qui vit et respire avec sa propre authenticité, et avec une facilité (effortlessness) rarement vue dans un jeu jusqu’ici. Un orage survient et les éclairages des rues de Broker prennent une teinte mélancolique, et, sous la pluie, des passants déploient leurs parapluies, les imprévoyants soulèvent leurs mallettes au-dessus de leur tête en courant se mettre à l’abri, tandis qu’à l’arrière-plan un saxophoniste joue sous un kiosque. Le soleil se remet à briller et les rues renaissent à la vie, la chaussée luisante et les capots humides des voitures réfléchissent les rayons lumineux. Liberty City a un niveau de détail très élevé sous tous les aspects et même la ruelle la plus isolée exhale sa propre atmosphère et contribue à faire du monde de Grand Theft AutoIV l’un des plus complets à ce jour. Trad. libre) (Liberty City returns in the most immersive GTA yet by Martin Robinson, IGN UK)

On pourrait ajouter des dizaines d’extraits. Tous décrivent une véritable expérience urbaine, la sensation d’excitation un peu inquiète qui caractérise le visiteur lors de ses premiers pas dans les rues d’une grande métropole étrangère. Le joueur fait attention aux immeubles, aux gens qu’il croise ; il est sensible aux couleurs, aux odeurs et aux bruits. Même le plus banal devient intéressant. Il est fascinant de constater qu’un un jeu dont le principe est amoral et violent (voler des voitures et commettre des exactions diverses) donne lieu à des commentaires sur des ambiances, des scènes banales de la ville et des péripéties atmosphériques comme les averses ou les couchers de soleil.

A l’usage, même si certains fans font la fine bouche et regrettent le niveau « premier degré » du jeu qu’induit son réalisme, le caractère répétitif des missions ou le manque de diversité lié au fait qu’il n’y a qu’une seule ville, Libery City, et non plusieurs comme dans la version précédente San Andreas, tous s’accordent à dire que le décor ou le paysage urbains sont formidables. Pour beaucoup, Liberty City est plus qu’un décor de jeu, c’est le véritable héros de GTA IV, autant et plus que Niko Bellic, le Serbe clandestin hyperviolent qui a fuit son passé guerrier pour se construire un destin de gangster dans un pays nouveau.

(A suivre : Liberty City, ville réelle-imaginée (2). Etre et ne pas être New-York)

4 réflexions sur “New-York-Liberty City, ville réelle-imaginée (1)

  1. Pingback: "Jeux vidéo l’EXPO" à la Cité Universcience à Paris/Exhibition "Jeux vidéo l’EXPO" at Cité Universcience in Paris | (e)space & fiction

  2. Pingback: Echapper à Google Street View ou les affres de la mobiquité « Monde géonumérique

  3. Vous avez raison, le Hawaï de TestDrive Unlimited est en effet un bon exemple d’espace clone (directement copié de la réalité), ce que n’est pas Liberty City, dont le rapport à l’espace référence est plus lâche. Je reviens sur ces points dans les billets suivants.
    TJ

  4. On note effectivement que l’information géographique prend une place de plus en plus importante dans les jeux vidéo.

    Celle ci peut être « fortement inspirée par » comme dans la série des GTA qui a déja copié New York (Liberty city), une partie de la Californie et du Nevada (San Francisco, LA et Las Vegas) et Miami (vice city). La force de ces adaptation est effectivement d’avoir su saisir « l’ambiance urbaine » de manière incroyablement réaliste (météo, musique en font d’ailleurs partie)

    elle peut être aussi complètement copiée comme dans le jeu TestDrive Unlimited qui a presque intégralement reproduit à échelle 1:1 le réseau routier de l’Ile de Hawai…(le temps pour faire le tour de l’île est quasiment le même que dans la réalité). Le relief est aussi représenté. Un GPS est même fourni pour éviter de se perdre.

    Bref, on a bien progressé depuis les premiers SIMCITY !

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