New-York-Liberty City, ville réelle-imaginée (2)

(Début: New-York-Liberty City, ville réelle-imaginée (1) )

Être et ne pas être New -York

Liberty City est une ville de fiction analysée dans ce très intéressant article de Wikipédia. Elle apparaît dans plusieurs versions du jeu depuis le premier GTA et se développe de manière plus ou moins cohérente d’épisode en épisode. Elle appartient à un univers fictionnel qui comprend d’autres villes comme Vice City et San Andreas mises en scène dans des versions précédentes de GTA ou Carcer City, qui sert de décor à un autre jeu de la même compagnie. Elle a une géographie propre bien que très évolutive au fur et à mesure des différentes versions du jeu.

Elle a même une histoire politique complexe, marquée par l’assassinat de son maire. C’est une ville réputée dangereuse, soumise à des bombardements, des attaques terroristes, une criminalité inquiétante et une guerre des gangs permanente.

Mais Liberty City c’est bien sûr aussi New-York.  Les paysages et les monuments signent la ville. Cette vidéo sur Youtube invite ainsi à une visite touristique avec un accompagnement musical adéquat.

Et celle-ci permet aux sceptiques de bien vérifier les correspondances entre Liberty City et New-York City.

Le photographe Mattew Johnson a d’ailleurs connu le succès sur la toile quand il a déposé sur flickr  ses photographies présentant côte-à-côte des vues de Liberty et de New-York City extrêmement similaires.

Certes, c’est une New-York à la topographie bousculée et brouillée, il suffit de regarder le plan ci-dessous ou d’utiliser la carte interactive sur Google proposée sur le site de l’éditeur de GTA IV. L’île de Manhattan, Central Park, Brooklin et même JFK Airport sont bien là mais dans une disposition et une configuration chamboulées, créant un décalage lui aussi plutôt poétique. La toponymie est changée mais transparente : les boroughs s’appellent Bohan (Bronx), Algonquin (Manhattan), Broker (Brooklin), Dukes (Queen). Certains joueurs ont calculé les temps de trajet pour parcourir en bateau ce qui correspond à Manhattan  ou pour rejoindre en voiture l’équivalent de Brooklyn depuis l’équivalent de Central Park. Ils en tirent la conclusion que la ville est plus petite que New-York et estiment même le rapport de taille à 1/10.

Il est intéressant de rappeler ici un autre jeu, développé par Sony: The GetAway, dont le deuxième opus est sorti en 2006 et qui est déjà un peu oublié aujourd’hui (!). Il se voulait un concurrent direct de GTA IV et se fondait sur une modélisation ultraréaliste de Londres, basée sur des relevés photogrammétriques et des habillages de façade issus de prises de vue photographiques. Chaque magasin est à sa place. Les immeubles sont identiques à leur modèle réel. Ils sont d’ailleurs générés directement à partir de leur forme et de leur apparence (voir ici une explication et des illustrations). Le Londres de The Getaway est un calque du vrai Londres et la vidéo ci-dessous permet de se rendre compte de la qualité de détail de la modélisation et du rendu. D’après les spécialistes, si la reconstitution de Londres est extraordinaire, le mauvais gameplay (la faible jouabilité) du jeu a entraîné son échec relatif.

Test Drive Unlimited (TDU), que ctudgpsite Fred dans son commentaire au billet précédent, est un autre exemple de jeu dans lequel la modélisation se veut absolument fidèle mais cette fois à Oahu, île de l’archipel d’Hawaï. « Découvrez Hawaii reconstituée au pixel près, avec près de 1600 Km de routes de tous les types : montagne, campagne, ville, autoroute… « . La formule un peu étrange qui prend le pixel, unité numérique, comme étalon de la qualité de la modélisation du paysage réel est significative. Il ne s’agit pas que chaque détail de la réalité soit présent dans l’univers du jeu, mais que chaque détail du jeu (le pixel) ait son correspondant exact dans la réalité. Même si in fine cette fidélité de la reconstitution de Test Drive reste discutée – certains bâtiments importants et certaines routes manqueraient – le domaine des jeux de course de voitures se caractérise depuis longtemps par une volonté de décrire dans le détail des itinéraires  réels, qu’ils soient urbains comme dans Midtown Madness ou ruraux comme Colin Mc Rae Rallye, pour citer deux ancêtres. Ce n’est donc pas pour rien que Test Drive Unlimited offre au conducteur un GPS , plus réel et pratique qu’un vrai, pour se repérer sur l’île. Le GPS virtuel est devenu l’outil indispensable de ces univers qui se veulent topographiquement fidèles aux espaces réels.

Les développeurs de GTA IV ont choisi une option bien différente. Liberty City est  New-York sans l’être tout à fait. Un double peut-être mais certainement pas un clone. Pas non plus le sosie, même « sublimé » dont parle Bruno Icher. Plutôt une caricature? Ou même un simulacre à la Baudrillard ? A voir. En tout cas les rapports entre Liberty City et New-York sont flous, et certains d’ailleurs le regrettent. Ils souhaiteraient disposer d’un mod, une version modifiée du jeu, qui redonnerait aux lieux leur vrai nom (voir les commentaires à la première vidéo sur Youtube ci-dessus).

On manque d’une enquête précise auprès des joueurs, mais Liberty City semble disposer d’une certaine autonomie spatiale et temporelle. Elle a sa toponymie et sa topographie propres.  C’est un espace imaginaire qui mériterait d’être étudié en tant que tel. Il est d’ailleurs probable que l’écart qu’elle conserve par rapport à son modèle lui confère  un degré d’existence supérieur qui, paradoxalement, renforce le réalisme de la représentation et rend plus étroite sa relation à la New-York réelle.

(A suivre : New-York-Liberty City, ville réelle-imaginée (3)Décalage)

3 réflexions sur “New-York-Liberty City, ville réelle-imaginée (2)

  1. Pingback: "Jeux vidéo l’EXPO" à la Cité Universcience à Paris/Exhibition "Jeux vidéo l’EXPO" at Cité Universcience in Paris | (e)space & fiction

  2. Je trouve qu’avoir une Liberty City en tant que simulacre de New York est beaucoup plus intéressant qu’avoir une simulation de New York. L’intérêt d’une simple simulation à l’échelle 1:1 est de satisfaire ce qui est interdit ailleurs. On joue les méchants que la société nous interdit d’être même pour un bref instant. Alors que comme vous le présentez dans la première partie de ce billet on se trouve dans une vraie ville, mais pas une ville connue. L’intérêt de cette deuxième partie est de nous montrer que cette ville inconnue a de nombreux airs de déjà vu.

    Dans GTA IV, nous passons de l’autre côté du miroir, nous sommes dans un autre monde. Nous retrouvons toute plaisir d’un « Alice aux pays des merveilles », et surtout de la littérature fantastique. Il semble que le jeu-vidéo simulacre soit dans la continuité de notre littérature fictionnelle : Un monde réel qui ne diffère de la réalité que par des détails plus ou moins subtils. Le joueur que nous incarnons vit dans une ville à nulle autre pareil. « L’Île au trésor » est de retour.

    Merci Thierry de nous montrer ces ressemblances entre nos jeux vidéos modernes et les mythes de jadis. Avoir une image d’un nul part qui est très proche de ce que nous connaissons, c’est la magie de toutes ces cartes de contrées lointaines.

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