Réseau social:1- Intelligence géospatiale:0

evanbaldLa question des traces qu’on laisse, volontairement ou involontairement, sur Internet inquiète à juste titre.

Peut-on se cacher en restant connecté ?

Une expérience organisée dernièrement par Wired, magasine consacré aux nouvelles technologies, est intéressante à cet égard. Le 15 août 2009, Evan Ratliff, journaliste et collaborateur du journal, décide de disparaitre pour un mois. Le magazine offre une prime de 5 000 $ à qui pourra le retrouver et l’identifier avant le 15 septembre 2009. Si Ratliff réussit à échapper à ses poursuivants, il touchera 3000 $. Dans tous les cas le magazine gagnera une belle histoire.

Traces numériques

L’idée était que Ratliff donne accès sur le Web à l’ensemble des traces numériques dont un enquêteur en charge d’une réelle disparition peut disposer par des moyens d’investigation électronique :  liste des sites Web habituellement consultés, adresses IP des connexions, transactions bancaires, réservations d’avion, etc.. . Ratliff de son côté devait adopter le comportement d’une personne souhaitant réellement disparaître tout en restant connecté au Web, à une messagerie, à Facebook, à Twitter…  en utilisant bien sûr des alias, des  faux comptes, etc. . Pour corser le jeu de piste, le fuyard laissait des indices et des  rébus, utiles ou trompeurs.

Chasse à l’homme

Le concours de Wired a rapidement mobilisé de nombreux chasseurs traquant les traces du fugitif sur le Web, localisant ses adresses IP, scrutant Facebook et Twitter.  Comme le font remarquer les animateurs de l’USGIF (United States Geospatial Intelligence Foundation), si quelqu’un devait trouver Ratliff, ce devait forcément être un spécialiste de l’intelligence géospatiale, un expert de l’information géographique, outillé mentalement et techniquement pour résoudre ce type de problème.

Dénouement

Mais voilà, Evan Ratliff, qui s’était rasé le crâne pour échapper à ses poursuivants, a été intercepté le 9 septembre à la Nouvelle Orléans. C’est un livreur de pizzas informé grâce à  Twitter par un traqueur habile qui a réussi à le démasquer  (voir http://www.wired.com/vanish pour connaître toute l’histoire). Le chasseur explique que l’on ne pouvait pas utiliser les adresses IP pour localiser Ratliff ( avec un outil de  type IP tracer) car celui-ci utilisait TOR afin de préserver son anonymat et masquer sa position géographique. Selon le vainqueur, ce qui lui a permis de localiser le « disparu », c’est la subtile combinaison d’un épluchage minutieux du Web et d’une capacité à créer des liens sociaux afin de convaincre d’autres individus de partager des fils Twitter. Lire ici  l’explication détaillée, en attendant bien sûr  l’article de Ratliff dans la livraison de décembre de Wired.

Au grand concours de la géoinvestigation, les technologies de réseau social mènent donc 1 à 0 devant celles de l’intelligence géospatiale…


6 réflexions sur “Réseau social:1- Intelligence géospatiale:0

  1. Je suis d’accord que l’exercice est un peu biaisé. Nous sommes dans un monde de geeks et de technophiles … C’est le lectorat de Wired. Mais il faut bien voir que le concours est né d’une enquête de Ratliff à propos des cas de disparition volontaire.

    En 2009, ce mode de géoinvestigation ne concerne en effet qu’une catégorie précise d’individus complètement branchés réseaux-sociaux , interfaces mobiles, etc. Si l’on pense que ce mode de vie aujourd’hui marginal doit devenir celui de tous demain, alors, comme l’écrit Augustin, l’analyse des messages Twitter remplacera l’enquête de voisinage et le porte à porte …

  2. Cet exemple nous fait réfléchir sur le monde géonumérique présenté dans les séries comme 24.

    L’exercice est quand même assez particulier : La personne qui se cache est une personne numérique, connaissant les dangers de la localisation par adresse IP, et ayant des relations sociales de manière privilégiée sur le réseau.

    Je reste convaincu que ce n’est qu’une certaine minorité qui est dans ce cas. La majorité étant ignorante de l’existence de ce monde géonumérique, et de ces réseaux sociaux. Pour le quidam non averti, le résultat serait surement tout autre : repérée par les technologies géonumériques et totalement absente sur les réseaux sociaux.

  3. Je suis d’accord avec vous : l’intelligence géospatiale pure n’existe pas. Elle s’appuie sur des connaissances terrain et des savoir-faire autres non directement spatiaux (ici l’interprétation du Web). Le vainqueur du concours de Wired déploie bien sûr une réflexion spatiale pour interpréter et recouper les informations tirées de Twitter et mettre en place le dispositif qui piégera Ratliff.

    Je note simplement qu’il ne fait pas usage des outils classiques d’analyse spatiale . Dans ce cas aucun outil d’analyse et de visualisation cartographique même simple n’a été utilisé, ce qui prouve que l’on peut localiser sans calcul géostatistique complexe et même sans carte …

    C’est peut-être lié à l’exercice lui-même : il s’agit de localiser une personne particulière et non de dresser un rendu de synthèse à partir de milliers de mesures, activité plus classique de l’analyse spatiale formalisée. Il me semble toutefois que les outils utilisés par les policiers en géoinvestigation intègrent pas mal de technologie SIG et géostatistique (voir un outil comme Crime Stat http://icpsr.com/NACJD/crimestat.html/ par exemple), qui s’est révélé inutile dans ce cas d’espèce.

    Tout cela conduit à la nécessité de mieux définir le terme d’intelligence spatiale pour en faire autre chose qu’un slogan et repérer les différentes formes d’intelligence (au sens français du terme) qu’il recouvre …

  4. Bonjour,

    Si les outils changent (Twitter en lieu et place de l’enquête de voisinage et le porte à porte), la méthode reste la même : retrouver les personnes avec qui le fugitif est en contact.

    C’est tout le problème de l’intelligence géospatiale qui a besoin d’être validée par la connaissance du terrain.

    On en veut pour preuve la dernière bavure en Afghanistan…

  5. Merci Mathias, l’histoire est intéressante et fait remonter la cote de l’intelligence géospatiale, car c’est bien un raisonnement de ce type qu’elle illustre.

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