500 millions d’amis, la carte de Facebook – 3) Evolution

Troisième partie : analyse de l’évolution de l’emprise spatiale de Facebook

Dans le premier billet sur ce thème, je procédais à une déconstruction de la carte publiée par P. Butler sur les amitiés Facebook et dans le deuxième je proposais une analyse géographique générale de la présence mondiale du site de socialisation.

Mon but dans celui-ci est de mettre en regard cette image avec d’autres cartes publiées antérieurement par Facebook.

L’évolution de l’emprise spatiale de Facebook

En avril 2009 – c’est à dire il y a un siècle à la vitesse à laquelle Facebook s’est développé –  Mark Zuckerberg publiait un billet pour fêter les 200 millions d’utilisateurs du site de socialisation (il court aujourd’hui vers les 600 millions). Il y présentait  une vidéo qui incluait une animation cartographique illustrant le développement de Facebook à travers le monde. Elle se présente sous forme d’une série de cartes de densité d’utilisateurs Facebook par miles carré à différentes étapes de son développement : 10, 30, 50 ,100, 150, 175 puis 200 000 000 d’utilisateurs. J’ai extrait les  cartes de la vidéo pour comparer la carte de Facebook publié par Paul Butler et modifiée par mes soins avec le dernier état publié, en avril 2009, alors que Facebook comptait donc 200 millions d’utilisateurs.

Carte de la densité des utilisateurs Facebook en avril 2009  (Source. M. Zuckerberg)

J’ai ensuite repris ma carte lissée que j’ai reprojetée en Plate Carrée et traitée dans une sémiologie analogue à la carte du billet de Zuckerberg.

Carte des utilisateurs Facebook en décembre 2010 (Source : P. Butler, mod. TJ)

Densité vs quoi ?

On constate que les cartes  issues de la vidéo présentent une différence significative avec celle que nous avons adaptée de Butler. Celle-ci, bien que généralisée, offre plus de détail et localise plus précisément les utilisateurs Facebook que celle du billet de Zuckerberg qui procède à un calcul de densité et donc à un lissage de voisinage. Il est donc difficile de comparer précisément la carte de 2009 et celle de 2010. D’abord 300 millions d’utilisateurs se sont ajoutés entre les deux dates. Ensuite on ne connaît pas la méthode précise utilisée pour calculer les densités dans les cartes publiées par Zuckerberg. Enfin le dégradé de jaune au blanc que j’ai choisi pour coller le plus possible à l’autre carte est complètement arbitraire et ne peut être réellement mis en rapport quantitatif avec les densités. On remarque par exemple que la carte de 2009 fait apparaître des zones de haute densité d’utilisateurs en Nouvelle-Angleterre, à New-York, en Hollande et dans le Grand Londres qui n’apparaissent pas sur la carte de 2010.

Une structure spatiale analogue

Même s’il est clair que les deux cartes ne mesurent pas exactement de la même manière le phénomène,  elles présentent des répartitions globalement très similaires. Ce sont les mêmes parties du monde qui apparaissent comme très utilisatrices de  Facebook. Entre avril 2009 et décembre 2010, les utilisateurs Facebook ont presque triplé mais la stabilité dans la répartition spatiale est frappante. La très grande majorité des 300 millions d’utilisateurs gagnés par Facebook depuis avril 2009 l’ont été dans des zones où le site était déjà massivement présent. On ne constate  a priori que de faibles gains territoriaux en 18 mois: les Philippines ou l’Indonésie  par exemple. Le fait saillant reste la stabilité de l’emprise au cours du temps.

Une diffusion spatiale qui semble ralentir

On revisionne alors la vidéo pour comprendre la logique de la diffusion spatiale du site avant 2009. Celle-ci apparaît même plus nettement si l’on juxtapose les cartes qui en sont extraites puis la carte de fin 2010 :




Il en ressort très nettement que si Facebook connaît d’abord une diffusion rapide des Etats-Unis et l’Angleterre vers l’Europe puis vers certaines régions du reste du monde,  son extension spatiale se ralentit très fortement après le 100 millionième utilisateur, atteint en août 2008. Les grandes  régions concernées semblent rester  globalement les mêmes depuis lors, hormis certains gains déjà notés en Europe orientale et en Asie du Sud-Est.

On vérifie ici ce que j’écrivais dans le volet précédent: Facebook a conquis une bonne partie des zones de la planète densément connectées à Internet, là où les individus ont des accès personnels au réseau. Sa croissance très rapide (400 millions de nouveaux utilisateurs entre août 2008 et décembre 2010) se fait donc essentiellement dans les pays où il est déjà implanté et où il devient d’autant plus difficile d’y échapper qu’une plus grande partie de la population l’utilise déjà. Chez les classes d’âge 15-25 ans en France actuellement, ne pas avoir de compte Facebook c’est s’exclure de fait de son groupe de relations : les invitations, les fêtes, et d’une manière générale toutes les activités sociales passent maintenant par Facebook qui accapare aussi les messages qu’échangent les « amis » tandis que la messagerie traditionnelle tombe en désuétude. Mais Facebook a aussi gagné d’autres aclasses d’âge et sert souvent d’interface principale d’accès au Web pour un de plus en plus grand nombre de personnes. D’après Le Monde du 26 avril 2011, la question de l’inscription des 9-15 ans sur Facebook, qui n’est pas permis par le site, devient un problème pour les parents.  Dans d’autres pays, même si on a salué son rôle dans le déclenchement des « révolutions arabes », on peut penser que son rôle social n’est pas du même ordre.  En tout cas, si la croissance « interne » est extraordinairement rapide, la croissance « externe » semble plus difficile. La boule de neige grossit sur place, elle ne s’étend pas autant en périphérie.

Conclusion

La confrontation de la carte de 2010 avec les cartes historiques fournies par Facebook confirme sa validité pour évaluer l’emprise spatiale du site de socialisation. Elle ne représente pas à proprement parler une densité d’utilisateurs mesurable, mais quelque chose qui s’en rapproche, une intensité d’usage de Facebook en un point. Mais l’échelle de mesure n’étant pas étalonnée, nous ne savons pas la graduer et donc estimer ni sa progressivité ni sa régularité. Serait-elle par exemple tronquée sur les plus hautes valeurs, là où se trouvent les grandes densités ? Une manière de l’estimer est de mesurer son écart avec des données statistiques de comptage d’utilisateurs Facebook, ce qu’on fera dans un billet ultérieur.

3 réflexions sur “500 millions d’amis, la carte de Facebook – 3) Evolution

  1. Coquille dans le nombre des utilisateurs en début d’article : 10, 30, 50 ,100, 150, 175 puis 200 sont bien des millions d’utilisateurs et non des milliers.
    Merci pour vos analyses décalées et toujours intéressantes de ces choses qui nous entourent et que nous ne regardons presque plus.

  2. Pingback: 500 millions d’amis, la carte de Facebook – 2) Analyse globale « Monde géonumérique

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