Le nombre de bises, clé du nouveau découpage territorial français ?

CartebiseAprès la fameuse carte de la Chocolatine et du Pain au chocolat, je ne suis pas sûr de conforter le caractère profond et sérieux de la cartographie contributive en me faisant l’écho du projet de la Carte de la bise en France.

Cette question occupe pourtant une place importante dans nos conversations quotidiennes : « Et chez vous, c’est combien ? – A Montpellier c’est trois ! ». On distingue immédiatement  l’utilité d’un projet susceptible de nous tirer d’affaire dans des situations embarrassantes. Il suffira d’avoir mémorisé la carte et de connaître le département d’origine de la personne que l’on embrasse pour ne plus commettre d’impair. Question mal documentée scientifiquement que le site malheureusement ignore: embrasse-t-on en fonction de son département d’origine ou de son département de résidence ? La science sociale citoyenne doit se consacrer de toute urgence à ce problème.

On apprendra bientôt (la carte n’est pas malheureusement pas encore disponible) à distinguer les lieux où l’on embrasse d’abord la joue gauche de ceux où la joue droite a la primeur, connaissance elle-aussi très commode au quotidien, on l’admettra sans peine.

Intermède culturel : saviez-vous que cette idée de cartographie de la bise a déjà donné lieu à un film de fiction, Chez nous c’est trois de Claude Duty ? Cela n’a pas échappé aux spécialistes de (e)space&fiction.

On pourra regretter que la résolution spatiale de l’information soit plus faible pour la bise (le département) que pour le pain au chocolat (la commune). Le type de mesure, une variable quantitative à 5 valeurs au lieu d’un caractère qualitatif à deux modalités aurait permis des analyse spatiales aussi sophistiquées que celles réalisées pour la Chocolatine. Je m’interroge : est-il raisonnable de cartographier la bise par département à l’heure où ce dernier est appelé à disparaître ? A moins que l’existence de cette carte ne vienne a contrario témoigner, comme le maintien des numéros départementaux sur les plaques minéralogiques, du caractère increvable de cette création révolutionnaire ?

Les premiers résultats montrent de fait une répartition spatiale de la bise plus complexe que celle de la chocolatine, qui se résume à une simple opposition Sud-Ouest / reste du pays, avec des effets ponctuels difficilement explicables. On voit pour la bise émerger de véritables ensembles régionaux dont la cohérence évidente conduit à cette proposition audacieuse : n’est-il pas possible de construire le nouveau découpage régional de la France sur cette cartographie du nombre de bises ? Cela aurait plusieurs intérêts. D’abord, le processus est contributif, loin des découpages technocratiques qui tombent du ciel. Ensuite, le regroupement serait fondé sur un critère simple et compréhensible de tous, dont les fondements culturels se perdent dans la nuit des temps. Ce critère ne serait, somme toute, pas plus arbitraire que de nombreux autres proposés ces derniers temps. Cela renforcerait aussi l’image romantique du peuple français à l’étranger, ce qui est toujours bon pour l’activité touristique. Il n’est pas sûr, enfin, que le découpage obtenu soit moins rationnel que celui proposé.

Rappel, lui aussi très utile : quel que soit le nombre de bises, il est malpoli d’embrasser quand on a la bouche pleine, surtout de pain au chocolat (chocolatine si vous êtes à Toulouse ou Bordeaux).

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