Echelle 1:1 et représentation grandeur nature

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L’empire célesteDE LA RIGUEUR DE LA SCIENCE

« En cet empire, l´Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d’une seule Province occupait toute une ville et la Carte de l’Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l´Empire, qui avait le Format de l´Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l’Etude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elle l´abandonnèrent à l´Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l’Ouest, subsistent des Ruines très abimées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n´y a plus d´autre trace des Disciplines Géographiques.
(Suarez Miranda, Viajes de Varones Prudentes, Livre IV, Chapitre XIV, Lérida, 1658.)

Cette fameuse citation, attribuée par Jorge Luis Borges à un auteur de son invention et publiée en français dans le recueil « L’Aleph et autres textes« , est devenue une référence classique, citée par des penseurs tous plus éminents les uns que les autres : Foucault, Baudrillard, Eco, etc. (voir l’article de Gilles Palsky dans Cybergéo). Elle a les faveurs des modélisateurs et aussi des cartographes qui l’utilisent pour rappeler justement que toute carte est une modélisation et donc – par définition – une abstraction et une simplification de la réalité. Une carte sans réduction d’échelle n’aurait ni intérêt ni pertinence. La citation de Borges sert le plus souvent à dénoncer la prétention de l’homme à « imiter la nature à l’identique » (Laurent Grison dans son article de la revue Mappemonde). La carte 1:1 est pensée comme une impossibilité, un oxymore théorique.

Eco et sa carte repliable

Dans « Comment voyager avec un saumon« , Umberto Eco est un des rares à faire semblant de prendre au sérieux la proposition de Borges-Miranda. Au moyen d’une analyse théorico-burlesque très serrée, il énonce les conditions pour qu’une carte 1:1 d’un territoire soit réalisable: « Il faut donc ou que (a) la carte ne soit pas transparente ou que (b) elle ne repose pas sur le territoire, ou enfin que (c) elle soit orientable de sorte que les points de la carte reposent sur des points du territoire n’étant pas ceux représentés« . Il démontre alors rigoureusement que la réalisation d’une carte 1:1 est pratiquement et théoriquement impossible. Il analyse d’abord méticuleusement les différents dispositifs pratiques envisageables : une carte dans un matériau opaque étalée sur le territoire, une carte en lin ou en papier translucide suspendue sur pilotis, une carte tracée sur un matériau transparent et perméable, comme de la gaze, orientable, pliable et dépliable à volonté. Il écarte ensuite ces solutions pour de doctes raisons théoriques, essentiellement d’ordre sémiotique : la carte ne peut jamais être une représentation fidèle de la réalité. Dans sa discussion savante, petit bijou pince-sans-rire, Eco prouve que même le dispositif le plus ingénieux de tous, celui qui envisage une carte repliable dans un désert central de l’Empire, avec des habitants sautant hors de la carte sur le territoire au fur et à mesure du pliage et du repliage, même ce dispositif est, par principe, logiquement impossible : en effet, à partir du moment où la carte est installée sur le territoire, celui-ci prend la caractéristique d’être décrit par une carte, ce qui ne peut être rendu que par la création d’une autre carte, et ainsi de suite à l’infini… Toujours ironique, Eco montre que le paradoxe Russel-Fredge s’applique et qu’il est impossible de penser ce qu’il appelle la Carte Normale, une carte d’un territoire qui comporterait des cartes du territoire.

On devine où je veux en arriver. Les technologies numériques actuelles d’élaboration des cartes sont-elles susceptibles de lever les difficultés pratiques de réalisation de la carte à l’échelle 1:1 ? Si c’était le cas que deviendrait l’aporie d’Eco? Autrement dit, une carte numérique 1:1 d’un territoire est-elle théoriquement impossible?

Echelle, résolution et dématérialisation

On peut d’abord interroger la notion d’échelle. Les outils numériques permettent un zoom à volonté dans le jeu de données. Il devient donc possible de visualiser n’importe quel objet décrit dans des bases de données géographiques à sa taille réelle, voire de l’agrandir. Imaginons un bâtiment dont le contour a été levé par un topographe. Qu’est-ce qui empêche un utilisateur de le visualiser sur un écran à sa taille réelle ? Rien en théorie à deux conditions. D’abord, il faut respecter les conditions de précision de la saisie des données. Si le bâtiment est levé avec une précision de 50 cm, il est évidemment aberrant de le visualiser sur un écran d’ordinateur de 30 cm de large à l’échelle 1:1. Le mur affiché sur l’écran a en effet autant de chance de s’y trouver que d’être à côté. Mais cet argument tombe si le levé devient plus précis, par exemple au centimètre, ce qui n’est pas irréaliste vu la course à la précision qui caractérise la géomatique actuelle. Dans ce cas, la visualisation 1:1 n’est pas logiquement aberrante. Elle ne peut toutefois utilement concerner que les objets qui sont dans la réalité plus petits que les périphériques utilisés pour les visualiser. Ils doivent mesurer entre 30 cm (écran) et 2-3 m (vidéoprojection). Ces objets ne relèvent bien évidemment pas de la cartographie classique Il n’y a guère que dans les opérations de conception industrielle ou de maintenance de systèmes techniques qu’on a besoin de décrire et de visualiser des objets à leur taille réelle. Dans certains cas, en physique, en biologie, en médecine, on cherche plutôt à agrandir les objets dans le processus de représentation. La cartographie suppose, elle, une réduction de la taille des objets. Celle-ci peut cependant être parfois assez faible. Je me rappelle de travaux de recherches menés il y a une dizaine d’années par l’Institut National de la Recherche Agronomiques (INRA), qui nécessitaient de numériser à très grande échelle géographique des petites parcelles de culture pour observer la logique spatiale du développement de certaines plantes avec des pixels mesurant quelques cm2.

On peut aussi se poser la question de la résolution de l’information. Un capteur égalant le pouvoir de définition de l’oeil humain sur des zones assez vastes n’est pas théoriquement impensable. Cette question de la résolution de l’information se posait d’ailleurs déjà dans la carte 1:1 manuelle même si Umberto Eco ne la discute pas : quelle est l’épaisseur du trait le plus fin qui sert à délimiter les objets de l’Empire ?

La dématérisalisation du support est bien évidemment le principal changement que la numérisation apporte à la carte 1:1. Elle résout tous les problèmes pratiques du dispositif et lève la plupart des difficultés plaisamment pointées par Eco: plus d’obstacles physiques qui rendent impossible la vision d’un point sur la carte différent de celui occupé par l’utilisateur sur le terrain; un rangement de la carte 1:1 devenu plus aisé … Même si le stockage des données demande des centaines de milliers de serveurs informatiques, la miniaturisation de ceux-ci est telle qu’ils ne feront pas d’ombre aux habitants des territoires. Le paradoxe de ce qu’Eco appelle la Carte Normale disparaît : il n’est plus impossible de cartographier précisément les serveurs informatiques stockant en continu la carte numérique, ni même de cartographier instantanément la localisation de ceux qui la consultent. La carte peut être fidèle et même non appauvrie, au sens d’Eco : il est potentiellement possible par géolocalisation de symboliser sur la carte tout individu en temps réel.

L’objectif limite de la géonumérisation ?

En fait, la tendance à la description numérique de la réalité toujours plus précise et toujours plus complète, l’augmentation continue de la résolution des capteurs à distance, l’intégration de puces RFiD dans les objets de la vie courante qui suppose la description numérique d’environnements de plus en plus précis sont autant de signes que la carte 1:1 est un projet encore informulé mais déjà actif de la géonumérisation. Les globes virtuels de type Google Maps, Virtual Earth ou GéoPortail peuvent même être vus comme une première esquisse technique d’un tel projet. La carte 1:1 n’est donc plus tout à fait techniquement inenvisageable. Dans la terminologie de Borges-Miranda, si nous n’en sommes pas encore à la Carte Dilatée, nous entrons dans l’ère des Cartes Démesurées. Quelle conséquence théorique doit-on tirer de la plausibilité du projet, voire de sa réalisation à terme? Du paradoxe de la Carte Normale et de l’impossibilité de la carte 1:1, Eco déduisait 3 corollaires : « 1. Toute carte 1:1 reproduit le territoire de manière infidèle; 2. Au moment où il réalise sa carte, l’empire devient irreprésentable, et donc imperceptible pour ses ennemis comme pour lui même. (…) 3. Chaque carte 1:1 de l’empire entérine la fin de l’empire en tant que tel et c’est donc la carte d’un territoire qui n’est pas un empire« . Ce qu’Umberto Eco exprime ainsi, c’est moins l’impossibilité en soi d’une représentation parfaite et sans perte de la réalité, que ce qu’elle suppose: l’inévitable dissolution de l’objet à représenter dans le procès même de sa représentation. La représentation demande une distance entre ce qui représente et ce qui est représenté, que la carte 1:1 annule. Comme l’écrit excellemment Unité mobile, la carte ne devient lisible que par « celui qui contrôle – de l’extérieur, d’au dessus – ce qu’elle représente ». Si c’est la représentation de la totalité du réel qui est visée, la carte 1:1 ne peut avoir de sens que pour un « dieu géographe », extérieur au monde.

Pouvoir et savoir

Ce n’est pas pour rien que le subtil Borges place sa carte et son empereur sous la bannière de la science. Derrière la carte 1:1 se profilent à la fois la question du pouvoir et celle du savoir. A un premier niveau, la carte 1:1 apparaît comme un outil de contrôle absolu de la société. La géomatique fait d’ailleurs naître de nombreuses craintes quant à l’émergence d’une société de surveillance (voir ici même l’article Alias vs 24-heures-chrono). Mais à un deuxième niveau, cette hantise peut-être vue comme relevant essentiellement du fantasme : tout savoir c’est finalement ne rien savoir; c’est ne plus pouvoir se distinguer, en tant que sujet observant, de l’objet observé. De la confusion produite risque alors de naître un abandon de toute volonté de connaître. Comme le dit Laurent Grison : « l’Empire passe d’un excès à l’autre, de la production iconolâtre de « Cartes Démesurées » à la négation de l’idée même de cartographier, voire à l’iconoclasme ». Là encore, on retrouve une des critiques traditionnelles des opposants aux technologies numériques. Celles-ci seraient facteurs de perte de sens, de confusion entre la représentation et le représenté, le réel et le virtuel, le fondamental et l’accessoire. Elles iraient à l’encontre d’une connaissance réelle et critique (voir sur ce thème ce texte portant sur la question des représentations tridimensionnelles réalistes ou véristes).

Dans La démocratie sans l’État, essai stimulant sur « le gouvernement des sociétés complexes », le philosophe espagnol Daniel Innerarity emploie deux fois le terme d’échelle 1:1. La première fois, c’est à propos de la téléréalité, qui lui paraît témoigner de la fascination actuelle pour des dispositifs censés reproduire « la réalité à l’identique, sans artifice ni formalisme ». Innerarity rapproche ce goût pour une télévision supposée présenter la vie vraie, réelle, non déformée par la fiction, avec la montée des critiques envers le système politique de la démocratie représentative, souvent décrite comme une « falsification ou au moins une déformation de la volonté populaire pure ». On somme de plus en plus souvent la politique de devenir directe, immédiate, sans la médiation d’élus ou d’experts. On peut alors interpréter le projet de carte 1:1 numérique comme le moyen de fournir une infrastructure technique pour la gestion spatiale de cette société à l’échelle 1:1. Google Maps est bien l’outil privilégié de tous les outils dits « Web 2.0 » pour localiser les objets partagés par les internautes : photographies, livres, itinéraires, projets … Or pour Innerarity ce projet de société à l’échelle 1:1, directement en prise avec elle-même, sans artifice et sans médiation, est un mythe néfaste. Je ne discuterai pas ici cette question plus large de la démocratie participative et du rôle qu’y jouent les technologies numériques (ceux que cela intéresse peuvent consulter ce texte). Mais notons que l’on retrouve sur ce chemin le paradoxe d’Eco : la carte numérique 1:1 devient un dispositif paradoxal de non-représentation spatiale adapté à cet idéal de non-représentation politique et esthétique.

Carte et territoire

On constate avec intérêt qu’Innerarity mentionne l’échelle 1:1 à un autre endroit de son livre, sans d’ailleurs faire le lien entre les deux occurrences. Dans son chapitre sur les politiques de la nature, il observe que la planète est devenue un immense et global laboratoire scientifique dans lequel « les expérimentations collectives actuelles se font à l’échelle 1/1 et en temps réel ». On retrouve à cette occasion le volet connaissance de la carte 1:1. La gestion de la planète et de ses équilibres naturels, que ce soit au niveau mondial (réchauffement climatique, épidémies, suivi écologique, …) ou local (risque naturel et technologique, préservation des milieux naturels,…), nécessite une représentation spatiale à la fois très globale et la plus précise possible des phénomènes physiques et biologiques à l’œuvre sur la surface terrestre, une représentation grandeur nature en quelque sorte qui doit s’appuyer sur une standardisation des modèles de données, des protocoles de mesure et de saisie, voir à cet égard le projet Geon. Comme dans le texte de Borges, le projet de la carte 1:1 numérique ne relève pas seulement du socio-politique mais aussi du scientifique. Là encore, on aboutit à un paradoxe. En tant qu’objet scientifique, la planète demande une modélisation et donc une réduction de la complexité d’un système pour le comprendre. Mais les simulations de ce laboratoire, qui intègrent tout le monde et concernent chacun, nécessitent au contraire d’englober le plus d’êtres possibles et divers de la réalité. Comme Michel Callon et Bruno Latour l’ont depuis longtemps mis en évidence, les coupures traditionnelles entre science, société et politique ne sont plus satisfaisantes. La carte Dilatée de Borges-Miranda, loin d’être une curiosité philosophique du passé, est au cœur des questions brûlantes liées à la Politique de la nature et à sa représentation spatiale.

Ordre et désordre

Le texte de Borges porte donc en germe nombre des interrogations actuelles liées au développement des techniques (géo)numériques. Mais celles-ci produisent sur la représentation un glissement que Borges ne pouvait soupçonner. Ainsi la simple possibilité d’une carte 1:1 numérique conduit-elle à reconsidérer le fameux « la carte n’est pas le territoire » de Alfred Korzybski, fondateur de la sémantique générale. La carte ne serait pas le territoire car une part du représenté échapperait toujours à la représentation, car le réel serait toujours plus riche que l’image qu’on peut en donner. Cette idée de perte dans la représentation est à nuancer dans la sphère numérique. Les représentations numériques se développent, se connectent, se confrontent et par là même se complexifient à l’infini. Il n’est plus possible d’opposer la carte simple au territoire complexe. La carte elle-même devient complexe. Comme le remarque justement Daniel Kaplan, « on vit dans la carte ; on l’enrichit ; on la partage ; on la clique ; on la tisse avec le territoire sensible; on la déforme pour imaginer et débattre d’avenirs possibles… ». La carte n’est pas le territoire, mais la carte devient un territoire à explorer et le territoire peut devenir une carte à lire grâce aux techniques de réalité augmentée. Les passages entre l’un et l’autre sont toujours renouvelés et les deux s’éclairent réciproquement, d’autant plus que le territoire réel comme la carte numérique sont d’abord des constructions collectives, en perpétuels évolution et renouvèlement.

Borges mentionne deux états de la carte à échelle 1:1 : le projet abouti de l’empereur et les ruines qu’a laissées ce projet après son abandon. La carte 1:1 numérique est aussi un projet et procède du mouvement naturel d’Internet, qui est de tout connecter, comme l’écrit D. Kaplan dans un autre texte, très juste lui-aussi. Ce mouvement va jusqu’à « descendre dans l’espace physique pour doter chacune de ses composantes d’une “aura numérique”, en interaction potentielle avec toutes les autres ». Mais, comme il le montre, ce projet de l’interconnexion parfaite, censé produire un ordre technologique rationnel, est assez avancé maintenant pour qu’on commence à en deviner le caractère chimérique. On a présomptueusement nommé en français les computers des ordinateurs car la fonction supposée de ces nouvelles machines était de mettre de l’ordre dans le monde. D. Kaplan propose de les appeler des désordinateurs, tant ils ont contribué et contribuent au désordre, à l’émergence de l’inattendu et de l’irrationnel. Peut-on en effet vraiment considérer les sociétés du temps de l’informatique comme plus ordonnées et plus prévisibles que celles qui les ont procédées ? Fabien Girardin dans sa communication à la conférence Lift 2007 et Hubert Guillaud dans le billet d’Internet Actu qui en rend compte interrogent ainsi la possibilité de construire des systèmes informatiques sans couture, sans coupure, sans bruit et sans panne. Ils mettent aussi en doute le fait que notre souhait profond serait de vivre dans un monde lisse, piloté par une technologie omniprésente, invisible et parfaite. Il est donc fort possible que dans les « empires » de demain cohabiteront plusieurs projets de Cartes Numériques Démesurées et Dilatées toutes inconciliables entre elles, ainsi que les ruines de nombreux autres projets inaboutis et abandonnés. Et cela ne sera pas forcément un mal.

NB. La reproduction de l’oeuvre « Empire céleste » de Vieira da Silva est tiré du site Artfactnet

4 réflexions sur “Echelle 1:1 et représentation grandeur nature

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  4. Dommage que ce ne soit pas un blog!

    Petite remarque concernant l’origine de l’histoire de la carte à l’échelle 1:1. Il semblerait que Lewis Carroll s’y soit essayé lui aussi – certes après Miranda – mais bien avant Borges, à en croire
    http://www.sscnet.ucla.edu/geog/gessler/topics/lewis-carroll.htm

    From Sylvie and Bruno Concluded by Lewis Carroll, first published in 1893.

    « That’s another thing we’ve learned from your Nation, » said Mein Herr, « map-making. But we’ve carried it much further than you. What do you consider the largest map that would be really useful? »

    « About six inches to the mile. »

    «  »Only six inches! »exclaimed Mein Herr. « We very soon got to six yards to the mile. Then we tried a hundred yards to the mile. And then came the grandest idea of all! We actually made a map of the country, on the scale of a mile to the mile! »

    « Have you used it much? » I enquired.

    « It has never been spread out, yet, » said Mein Herr: « the farmers objected: they said it would cover the whole country, and shut out the sunlight! So we now use the country itself, as its own map, and I assure you it does nearly as well.

    Lewis Carroll – The Complete Illustrated Works. Gramercy Books, New York (1982). Page 727.

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